CAPSULE 14 : Des mots pour le dire

Un ensemble de conseils et d'astuces

CAPSULE 14 : Des mots pour le dire

Non, il ne s’agit pas du titre de la nouvelle émission de Jeannette Bertrand, car si c’était le cas, cette capsule viendrait aussi avec une recette de sucre à la crème. Il s’agit plutôt du titre du projet numéro 4 du manuel du nouveau manuel du communicateur compétent. Comme son nom l’indique, il fait référence au contenu du discours et à la justesse du vocabulaire à employer pour transmettre votre message avec le meilleur impact. Pour réussir ce projet, vous devez atteindre trois objectifs précis.

Objectif 1 : Exprimer vos idées avec clarté, précision et de façon imagée grâce au choix méticuleux de vos mots et à une bonne structure de vos phrases.

La langue française est d’une richesse insoupçonnée et elle regorge de mots et d’expressions savoureuses qui nous permettent de conceptualiser la réalité qui nous entoure. Pourtant, chaque fois que je côtoie des adolescents je demeure subjugué de voir qu’avec seulement quatre mots (style, comme, genre, full), ils sont capables d’exprimer en variant les intonations toute une gamme d’idées et d’émotions. Pour illustrer mon propos, voici un exemple de conversation entendue sur la rue : « Bof, tsé là, c’est comme style, tsé genre… mais pas full ». Par le ton des ces deux débatteurs érudits, il est clair que l’énonciateur de ces propos exprimait sa profonde réserve face aux propos alarmistes des environnementalistes concernant l’accélération du réchauffement de la planète. L’autre en a d’ailleurs profité pour nuancer ses propos en lui lançant d’un air convenu : « Man, t’as full pas rapport là! »

On peut s’insurger ouvertement contre les barbarismes qui sortent de la bouche des adolescents. Si cela peut vous rassurer, ils ont un vocabulaire beaucoup plus riche qu’ils en ont l’air et parfois, ils poussent même l’audace jusqu’à formuler des phrases complètes pour nous déstabiliser. Néanmoins, il faut reconnaître qu’ils ont le mérite d’aller à l’essentiel dans leur propos. Ainsi, aussi surprenant que cela puisse paraître, nous pouvons même nous inspirer de leur concision. Voici quelques conseils pour vous aider à atteindre cet objectif :

Choisir des mots courts

Être capable d’insérer des adverbes tels que « subrepticement », « indubitablement » ou encore « analogiquement » ne fait pas de vous un meilleur orateur. En fait, cela risque plutôt de distraire votre auditoire. Nous retenons habituellement les mots courts. Il ne s’agit pas de s’exprimer par monosyllabes (encore un mot compliqué), mais de maximiser l’impact de son intervention en choisissant des mots qui seront facilement retenus dans les moments clés de notre discours, comme lorsque nous énonçons notre idée principale par exemple ou encore lorsque nous souhaitons argumenter sur un sujet. Notre argumentation aura davantage de poids si elle est facile à retenir que si elle est exprimée dans un jargon technique que seuls des initiés peuvent comprendre. Ayez toujours un dictionnaire à portée de mains pour rédiger votre discours. De cette manière, vous aurez un vocabulaire vivant et précis, sans nécessairement avoir recours à des mots complexes. Prenez aussi le temps de bien lire les suggestions et exemples de votre guide.

Faire de courtes phrases.

Peut-être avez-vous tendance à rédiger des phrases longues au point où vous ne savez plus quelles conjonctions de coordination employer. Peut-être êtes-vous porté à vous laisser transporter par votre style au point où, à la fin d’un paragraphe, vous ne vous souvenez plus du sujet que vous étiez en train de développer. Si c’est le cas, mieux vaut tasser l’écrivain aspirant au prix Goncourt qui sommeille en vous pour laisser la place à l’orateur concis que vous êtes appelé à devenir. Préconisez les phrases courtes avec sujet, verbe et complément. C’est la clé du succès!

Faire des paragraphes courts

La règle est simple : une idée, un paragraphe et une belle transition pour passer d’une idée à l’autre.

Objectif 2 : Utiliser des figures de rhétorique pour mettre en valeur vos idées et les développer.

Pour être un bon orateur chez Toastmasters, il n’est pas nécessaire d’étudier les traités de rhétorique de Cicéron, même si ça ne peut pas nuire. En fait, je vous recommande plutôt de vous inspirer encore une fois des adolescents qui sont des maîtres en matière de rhétorique. Tout ce qu’il faut retenir ce sont les 4 mots suivant : comme, genre, full et style. Ce sont les quatre principales figures de rhétorique que tout bon orateur doit maîtriser.

L’analogie (Comme)

Comparaison imagée qui donne une certaine couleur à notre discours.
Par exemple : L’état de nos forêts a maintenant atteint son point critique, si bien que les grandes régions boisées d’autrefois ont pris des allures sinistres de champs de bataille.

La métaphore (Genre)

Employer un terme concret dans un contexte abstrait.
Par exemple : Une pelletée de bon sens ou encore L’Himalaya de l’ennui

Les triades (Full)

Regroupement de trois idées, trois adjectifs pour leur donner un rythme agréable et une tournure dramatique qui aidera l’auditeur à s’en souvenir.

Par exemple : La faiblesse d’une telle argumentation me laisse pantois, songeur et même oserais-je dire, perplexe.

L’allitération (Style)

Répétition d’une consonne ou d’un certain groupe de consonnes dans des mots qui se suivent, juste pour le plaisir d’entendre les mots nous chatouiller les oreilles.

Par exemple : Funambule sur un fin fil de folie, je filai jusqu’aux confins de mon esprit.

Objectif 3 : Éliminer le jargon et les mots superflus et veiller à la correction grammaticale

J’ai vu plusieurs orateurs tomber dans le même piège lorsque vient le temps de réaliser ce projet, et moi-même, je suis tombé les deux pieds dedans sans m’en rendre compte. Parce que nous pouvons jouer avec les mots, nous avons du mal à résister à la tentation de démystifier notre gagne-pain ou notre loisir préféré. En effet, tout métier possède son jargon technique et l’occasion est alors trop belle pour faire un peu de vulgarisation. Or, il s’agit d’une erreur monumentale! Il faut justement éviter tout jargon technique et la langue de bois qui vient avec au profit de mots simples et accessibles à tous. Ce n’est pas en vulgarisant le jargon propre à votre profession que vous allez atteindre cet objectif, mais plutôt en faisant l’effort de renoncer à tous ces mots qui vous sont familiers.

Je me permets donc de vous adresser le conseil suivant : pour réussir ce projet, choisissez un sujet le plus loin possible de votre travail, de vos passions, de vos passe-temps, bref, plongez dans l’inconnu. En parlant d’une chose que vous ne connaissez pas au départ, vous serez naturellement portés à choisir des mots simples, à faire des phrases courtes et à exprimer vos idées simplement pour être certain de comprendre ce que vois dites et surtout d’être compris de vos auditeurs. En vulgarisant pour vous-même votre sujet, vous le rendrez également plus accessible aux autres.

À vous maintenant de relevez le défi et de nous produire un discours genre, « full style », comme.

Robin Plourde, ACB
Club Olympia



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